top of page
  • Facebook
  • Twitter
  • Instagram
  • YouTube

AFRIQUE | JOURNALISME, SANTÉ & INITIATIVES
De Bukavu à Bangui, cinq journalistes africains racontent les blessures, le courage et les solutions du continent

29/10/26

par :

Afrique Perspectives Santé

Violences sexuelles en Centrafrique, autisme au Sud-Kivu, santé mentale au Congo, traumatismes après un incendie à Bukavu : les lauréats du Prix Mondiapress Médias 2026 portent un journalisme qui ne s'arrête pas aux crises. Leurs travaux interrogent aussi la reconstruction, la dignité et la capacité des sociétés africaines à inventer leurs propres réponses.

Paris, le 29 octobre 2026

Que devient une famille lorsque les caméras ont quitté les lieux d'une catastrophe ? Comment reconstruire sa vie après des violences sexuelles ? Qui écoute les personnes dont les difficultés psychologiques restent entourées de silence ? Et quelle place une société réserve-t-elle aux enfants autistes et à leurs parents ?

Ces questions traversent les travaux de plusieurs journalistes africains distingués le 22 octobre 2026 au siège de l'UNESCO, à Paris, lors du grand retour du Prix Mondiapress Médias.

Ils sont cinq. Ils viennent de trois pays d'Afrique centrale. Leurs parcours, leurs médias et leurs méthodes diffèrent. Mais tous participent à une même démarche : raconter les réalités africaines à hauteur humaine.

À travers leurs enquêtes, leurs reportages et leurs images, ils montrent une Afrique confrontée à des défis profonds, mais aussi habitée par des solidarités, des initiatives locales et une volonté de reconstruire.

Leur travail rappelle une vérité essentielle : derrière chaque crise, il y a des personnes. Et derrière chaque difficulté, il peut aussi exister des réponses à faire connaître.


Milca Bissidi : en Centrafrique, raconter le long chemin de la reconstruction

République centrafricaine — Lauréate Presse écrite


En République centrafricaine, Milca Bissidi a choisi de s'intéresser à une réalité douloureuse, dont les conséquences persistent bien après les faits : les violences sexuelles.

Son article, « Centrafrique : reconstruire après les violences sexuelles, un si long chemin », lui a valu le Prix Mondiapress Médias 2026 dans la catégorie Presse écrite.

Rédactrice en cheffe adjointe au sein du groupe Oubangui Médias, la journaliste s'attaque à une question qui dépasse le seul récit des violences : comment les personnes concernées peuvent-elles se reconstruire ?

La reconstruction ne se résume pas à une réponse judiciaire ou médicale. Elle peut aussi nécessiter un accompagnement psychologique, un soutien social, la reconnaissance des souffrances et la possibilité de retrouver sa place dans la communauté.

En mettant cette réalité au cœur de son travail, Milca Bissidi rappelle que les violences sexuelles ne peuvent être réduites à des statistiques ou à des faits divers.

Elles touchent des existences, des familles et des communautés entières.

Son approche souligne l'importance d'un journalisme capable d'aborder les traumatismes avec rigueur et dignité, sans effacer la parole des personnes concernées.

Ce que son travail apporte : rendre visible la durée de la reconstruction et rappeler que le soutien aux survivantes et survivants doit s'inscrire dans le temps.

Joël Loni Irenge : au Sud-Kivu, donner une place aux enfants autistes

République démocratique du Congo — Lauréat Cyberjournalisme


À Bukavu, dans l'est de la République démocratique du Congo, Joël Loni Irenge s'est intéressé à un sujet encore insuffisamment traité dans de nombreux médias : la prise en charge des enfants autistes.

Rédacteur en chef à la Radio-Télévision Ngoma ya Kivu, il a consacré plusieurs reportages aux réalités vécues par ces enfants, leurs familles et les professionnels qui les accompagnent.

Son travail met notamment en lumière l'engagement du Centre Espoir de Demain, une structure qui intervient auprès d'enfants autistes malgré les difficultés rencontrées sur le terrain.

À travers ces reportages, le journaliste ne se contente pas de décrire les obstacles.

Il donne également à voir les efforts de parents, d'éducateurs et d'acteurs locaux qui cherchent à construire des réponses adaptées aux besoins des enfants.

Dans un environnement où les troubles du neurodéveloppement peuvent être mal compris, informer constitue déjà une forme d'action.

Expliquer ce qu'est l'autisme, montrer les besoins d'accompagnement et faire connaître les initiatives existantes peut contribuer à réduire la stigmatisation et à encourager un regard plus inclusif.

Ce que son travail apporte : une meilleure compréhension de l'autisme et une visibilité accrue aux familles et aux initiatives locales qui agissent pour l'inclusion.


Andrène Victoire Ombi : au Congo, faire entendre les voix longtemps restées silencieuses

République du Congo — Lauréate Radio


La radio possède une force particulière : elle peut créer un espace d'écoute là où les mots sont difficiles à prononcer.

C'est cette puissance de la parole qu'a mobilisée Andrène Victoire Ombi, journaliste à la radio MUCODEC, dans son reportage « Du silence au micro ».

Cette production de treize minutes aborde les souffrances psychologiques et les difficultés d'expression de personnes dont la voix reste trop souvent marginalisée.

La journaliste donne notamment la parole à une personne bègue, en faisant du micro non pas un instrument de performance, mais un espace où l'on peut être entendu.

Son travail interroge notre rapport collectif à la différence, à la santé mentale et à la parole des personnes vulnérables.

Pourquoi certaines souffrances restent-elles invisibles ? Comment parler de santé psychologique sans jugement ? Et comment les médias peuvent-ils contribuer à faire évoluer les mentalités ?

Ces questions dépassent les frontières du Congo.

Elles concernent de nombreuses sociétés africaines où la santé mentale demeure parfois difficile à évoquer dans la famille, à l'école ou dans l'espace public.

Déjà distinguée en 2024 par la bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon, Andrène Victoire Ombi poursuit ainsi un travail journalistique tourné vers la santé et les réalités sociales.

Ce que son travail apporte : ouvrir un espace de parole, combattre les préjugés et rappeler que l'écoute constitue une dimension essentielle du bien-être collectif.


Janvier Barhahiga : à Bukavu, photographier ce qui reste après les flammes

République démocratique du Congo — Lauréat Photojournalisme


Les images de catastrophe montrent généralement l'urgence : les flammes, les secours, les dégâts.

Mais que se passe-t-il après ?

C'est précisément la question posée par Janvier Barhahiga, photojournaliste basé à Bukavu, avec sa série « Après le feu : deuil, traumatisme et résilience à Bukavu ».

Son travail documente les conséquences humaines d'un incendie : les pertes, les traumatismes et les efforts des familles pour retrouver une vie quotidienne.

À travers ses photographies, il choisit de prolonger le regard au-delà de l'événement.

Il montre que la catastrophe ne s'achève pas lorsque les secours quittent les lieux.

Il reste des familles à accompagner, des souvenirs à préserver et des conditions de vie à reconstruire.

Dans une région régulièrement confrontée aux crises, cette approche photographique possède une portée particulière.

Elle permet de conserver une mémoire visuelle des événements tout en redonnant une place aux personnes dont les expériences risquent de disparaître derrière les bilans chiffrés.

Le photojournalisme devient alors un travail de mémoire autant qu'un travail d'information.

Ce que son travail apporte : rendre visibles les conséquences durables des catastrophes et rappeler l'importance de l'accompagnement des populations après l'urgence.


Judith Sifa Zihalirwa : la télévision pour porter les réalités du terrain au-delà des frontières

République démocratique du Congo — Lauréate Télévision


Originaire de Bukavu, dans le Sud-Kivu, Judith Sifa Zihalirwa a remporté le Prix Mondiapress Médias 2026 dans la catégorie Télévision.

Cette distinction met en lumière une journaliste issue d'une région où informer représente un enjeu particulièrement important pour la compréhension des réalités humaines, sociales et sécuritaires.

La télévision possède une capacité singulière : donner un visage aux événements, restituer des paroles et permettre aux publics éloignés de mieux comprendre les situations vécues sur le terrain.

Dans l'est de la RDC, où les populations font face à de multiples difficultés, le rôle des journalistes est essentiel pour documenter les expériences humaines et préserver le lien entre les communautés et le reste du monde.

La reconnaissance de Judith Sifa Zihalirwa rappelle aussi l'importance de soutenir la visibilité des femmes journalistes africaines.

À l'occasion de cette édition, Cap Madagascar, agence de voyages représentée par sa directrice Zo Rabarijoana, lui a offert un billet d'avion.

Un geste qui associe la reconnaissance professionnelle à une autre dimension du métier : la possibilité de voyager, de rencontrer, de découvrir et d'élargir ses horizons.

Ce que sa distinction met en lumière : la place du reportage télévisé dans la représentation des réalités africaines et l'importance d'accompagner les parcours des journalistes du continent.


Un palmarès qui dessine une autre carte des priorités africaines


Pris séparément, ces cinq travaux racontent des situations différentes.

Ensemble, ils composent une cartographie de questions essentielles pour les sociétés africaines : la reconstruction après les violences, l'inclusion des personnes autistes, la santé mentale, la mémoire des catastrophes et la visibilité des réalités du terrain.

Ce palmarès dit quelque chose d'important sur l'évolution du journalisme africain.

L'information ne consiste pas uniquement à couvrir les décisions politiques, les indicateurs économiques ou les grands événements internationaux.

Elle consiste aussi à regarder ce qui se passe dans les familles, les quartiers, les centres d'accompagnement et les communautés.

Ce sont souvent dans ces espaces moins visibles que se jouent des enjeux majeurs de santé, de dignité et de cohésion sociale.

Les journalistes distingués par Mondiapress montrent qu'un reportage peut contribuer à poser les bonnes questions, à faire connaître une initiative et à rendre visibles des besoins insuffisamment pris en compte.

Ils ne prétendent pas résoudre seuls les difficultés qu'ils documentent.

Mais en donnant des informations précises et une place aux personnes concernées, ils peuvent aider les sociétés à mieux identifier leurs défis et leurs ressources.


À Paris, une reconnaissance internationale du travail journalistique africain


Ces cinq professionnels ont été récompensés lors de la cérémonie du 22 octobre 2026, organisée au Cercle des Délégués du siège de l'UNESCO, à Paris.

Placée sous le thème « Médias, Santé mentale et Bien-être des Africains et des Diasporas », cette édition marquait le retour d'un prix créé en 2014 par Pamela Annick N'Guessan et porté par l'association Afrique Perspectives Santé & Bien-Être.

Le jury était présidé par Fatimata Wane-Sagna, journaliste à France 24 et ancienne lauréate du Prix Mondiapress.

Il réunissait également André-Roger Larrieu, Didier Broussard, Bruno Fanucchi et le Dr Ferdinand Ezembé, apportant des expériences issues des médias, de la communication et des sciences humaines.

La cérémonie a bénéficié de l'accompagnement de représentations diplomatiques africaines et du soutien de partenaires, notamment IYU Europe, partenaire principal de cette édition, et Cap Madagascar.

Mais au-delà du cadre institutionnel et des soutiens reçus, le cœur de cette rencontre demeurait le travail des journalistes.

Leur distinction à Paris a permis de donner une visibilité internationale à des réalités documentées à Bukavu, à Bangui et au Congo.


L'Afrique ne manque pas seulement de récits : elle a besoin que ses récits circulent


L'une des grandes questions du développement africain concerne la circulation de l'information.

Qui raconte les expériences du continent ? Quels sujets retiennent l'attention ? Quelles voix sont entendues ? Et quelles initiatives restent méconnues faute de visibilité ?

Les cinq lauréats du Prix Mondiapress Médias 2026 apportent, chacun à leur manière, des éléments de réponse.

Ils rappellent que les solutions ne naissent pas toujours dans les grandes conférences ou les institutions internationales.

Elles prennent parfois forme dans un centre d'accompagnement d'enfants, dans la solidarité après une catastrophe, dans l'écoute d'une personne marginalisée ou dans les efforts de reconstruction d'une communauté.

Le rôle du journaliste n'est pas de remplacer les soignants, les éducateurs, les associations ou les responsables publics.

Il est de rendre leurs actions visibles, de questionner les réponses apportées et de permettre aux citoyens de comprendre ce qui se joue.

À travers le grand retour du Prix Mondiapress Médias, une conviction s'affirme : l'Afrique mérite un journalisme qui regarde ses difficultés sans les minimiser, mais qui sait aussi reconnaître ses forces et ses capacités d'action.

À Bangui, à Brazzaville, à Bukavu et ailleurs, ces journalistes ne racontent pas une Afrique abstraite. Ils racontent des vies.

Et c'est peut-être là que commence le changement : lorsque des réalités longtemps ignorées deviennent enfin des sujets dont toute une société peut se saisir.


Afrique Perspectives Santé & Bien-Être — Rubrique Afrique


Prix Mondiapress Médias : initiative créée en 2014 par Pamela Annick N'Guessan, destinée à valoriser les professionnels des médias africains et leurs contributions à une meilleure connaissance des réalités du continent.


www.afriqueperspectivessante.com

Latest News

11/01/26

Addictions : quand la Côte d’Ivoire ouvre un nouveau chapitre de la santé mentale

Organisées dans le cadre du 5ᵉ Congrès de la Société de Psychiatrie de Côte d’Ivoire, les JIAD 2025 ont réuni près de 300 participants autour d’un enjeu majeur de santé publique : comprendre, prévenir et mieux prendre en charge les addictions aux drogues.

05/07/25

Mettre en lumière les neurones : entretien avec Shixin Ye-Lehmann, pionnière de la médecine de demain

Comment une scientifique chinoise relie biophysique, intelligence artificielle et santé mondiale avec une attention particulière portée à l’Afrique.

05/07/25

"Shedding Light on Neurons: A Conversation with Shixin Ye-Lehmann, Pioneer of Tomorrow’s Medicine"

How a Chinese scientist is connecting biophysics, AI, and global health with a view toward Africa.

bottom of page